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Paradis insoutenable : pourquoi je fais encore du marketing ! #oupas

Alors tu vas me dire : on s’en fout ! Mais pas du tout ! Grégory, cet enfant caché dans un arbre pour mieux s’endormir loin des regards ou des bruits du monde extérieur, cet homme lumineux et chaleureux qui portait haut la vision d’un marketing responsable et humain, le dit clairement : il ne fait plus du marketing. Imagine la claque quand tu lis cela bien au chaud, un dimanche après-midi !

Et moi ? Et toi ? Et nous, dans tout ce bordel ? Parce que la question posée par Grégory est celle de l’utilité du job, de la sincérité de la mission, face au péril immense, bien plus haut et plus puissant qu’une grosse vague façon Tsunami, qui menace notre civilisation de Sapiens, incapable de prendre soin de sa planète. Prenant le temps d’une longue respiration de Yoga (à propos j’aurais peut-être dû commencer mon dimanche lecture par ce nouvel opus d’Emmanuel Carrère, que je pressentais pourtant légèrement anxiogène), je réfléchis à mon parcours… Oui tu as raison, à mon âge, j’aurais sans doute dû y réfléchir avant ! 30 ans de marketing plus tard, ai-je été utile ? La question n’est pas exactement là : ai-je contribué à cet enfer de surconsommation et à notre adoration de la croissance, sans oublier l’encombrement de nos placards, caves et greniers par des quantités d’objets ridiculement inutiles comme abandonnés dans un vieux catalogue de la Redoute ? Ai-je été pris par cette frénésie, cette envie de gagner plus, de vendre plus de conseils à ceux qui me paieraient plus encore, de dire ce que l’autre avait envie d’entendre, et finalement de me sentir au bord du burn-out ?

Sois tranquille cher.e lectrice.teur, rien de tout cela ne m’est arrivé ! Ah bon ?

Enfin trois fois rien, ce qui est déjà beaucoup si je me souviens bien des leçons de Raymond Devos ! Certes, j’ai contribué à ce que certaines marques vendent davantage de boites de thon ou de tablettes de chocolat, voire de carafes filtrantes, mais est-ce si grave qu’on doive aujourd’hui m’exiler avec pour tout bagage une gourde d’eau, là-bas dans la montagne ? Je ne le crois pas. Je ne renonce pas à me dire marketer ; pas encore. J’ai toujours avancé lentement, mais j’ai toujours regardé au loin. Il me semble depuis longtemps que les marques doivent être au service de leurs clients (et non l’inverse), qu’il est sans intérêt (voire nuisible) de tenter de vendre (mieux ou moins cher) des produits dont nous n’avons aucunement besoin, des produits médiocres ou des prétendus services destructeurs d’humanité. Je le dis et je l’écris ici avec mes modestes moyens. Je n’ai absolument pas l’audience ni la reconnaissance de Grégory et cela me convient. J’aime les marques et les gens.

Je réfléchis souvent et longuement au rôle du marketing dans notre société de consommation. Lorsque je parle de marketing émotionnel, ce n’est évidemment pas pour dire qu’il faudrait s’intéresser aux émotions du client, ou en mettre davantage dans la communication. Ces évidences sont sans impact sur le changement profond que le marketing doit vivre, s’il souhaite conserver dans ses rangs des intelligences rares comme celle de Grégory.

Alors sommes-nous d’accord sur quelque chose ? La bonne nouvelle est que l’histoire nous relie et que c’est exactement pour cette raison là que j’en suis arrivé à conter des histoires de marque. L’histoire entre nous, c’est le lien social, le socle de l’humanité, c’est le désir de l’homme, la confiance et l’avenir réunis avec gourmandise dans le même lit. J’aime les histoires de Grégory, ses doutes, ses idées claires, ses envies d’être meilleur. J’aimerais moi aussi être meilleur demain et changer certaines de mes mauvaises habitudes. Je le fais parfois. Alors je lutte pour l’histoire.

Mercredi matin, je suis invité à parler de ce qui aura changé dans les métiers de la communication, après ou pendant cette crise sanitaire que nous n’avons pas vue venir et dont nous ne sommes pas sortis… Tu veux une réponse avant l’heure ? J’aimerais te dire que ce qui changera le monde, c’est la qualité des histoires que les marques nous raconteront. C’est ce que je trouve très réussi dans l’écriture de Grégory. On le sait sincère et imparfait à la fois ; et puis au fil des pages, on lui souhaite de réussir à progresser vers la sagesse, avant de nous le souhaiter aussi parce qu’après tout si lui le peut, pourquoi pas nous ?

Or c’est la magie de l’histoire, que cette identification au héros. C’est même son objectif premier et ultime. Si nous devenons le héros, nous serons transformés, comme lui, pour le meilleur. Or ce paradis que nous allons perdre, n’est qu’une représentation éphémère d’un accès au trop et à tout. Il n’est en rien le bonheur après lequel nous courrons au lieu de le rechercher en nous, mués en immobiles spectateurs de la beauté de le nature. Ce paradis insoutenable que tu quittes pas de côté après pas de côté, cher Grégory, je n’y ai jamais cru. Il ne m’a jamais ébloui, ni même attiré. Et pourtant j’aime les marques ! Mais surtout j’aime les gens.

J’aime surtout les histoires qu’ils se racontent. Si j’adorerais vivre une semaine de liberté dans le désert du Nevada (Burning Man), j’ai eu le plaisir du frisson en faisant face à un éléphant dans un parc du Botswana, ou sur une piste de Namibie. Cela donne à réfléchir sur nos peurs, sur notre acceptation de l’autre dans ses différences, et sur la confiance que l’on devrait toujours accordée avant de la recevoir. Sur nos parcours, il y a tant de gens formidables à rencontrer. Parfois, trop souvent à la recherche de notre plaisir personnel, nous ne les voyons pas. Hélas ! Ce paradis là, n’est pas perdu. Il n’est pas non plus insoutenable pour peu que nous prenions le temps d’aimer les autres pour ce qu’ils sont et non pas pour ce qu’ils ont.

Il en va de même pour le marketing et les marques. Soit l’objectif est d’améliorer la vie de leurs clients, en tant qu’humains habitants de la planète, soit il et elles sont inutiles. Si jamais tu venais à lire cet article, Grégory, j’espère que tu n’y verras pas une critique autre que positive de ton livre. Il est touchant, il est également inspirant, et c’est ce qui compte.

Si je crois encore au paradis, je me bats chaque jour pour que le marketing le préserve et le rende accessible au plus grand nombre. En changeant d’histoire pour commencer. En invitant les marketers à comprendre que la seule valeur de leur travail réside dans la qualité du lien social qu’ils créent et dans les changements positifs de comportement qu’ils génèrent. Mieux manger, moins jeter, faire du sport, moins polluer, mieux respecter l’environnement et chaque être humain ou animal, etc..

Apporter des solutions via des offres allant dans ce sens, est une mission d’une réelle nécessité. Motiver, inciter au changement, comme tu le fais dans ce livre, Grégory, c’est aussi une mission pour le marketing. Portons là le plus fort et le plus loin possible !

Merci !

PS : j’ai aimé Abd Al Malik dès son premier album et bien entendu sur tous les suivants… j’aurais adoré le rencontrer et c’est certainement encore possible… En revanche pour Bob, j’ai loupé le seul concert que je regrette vraiment il y a fort fort longtemps… la musique est absolument indispensable à l’humanité.

PS2 : je ne t’ai pas expliqué ce qu’est le Paradis Insoutenable de Grégory, pour ne pas révéler ce qui te maintiendra dans l’histoire qu’il raconte dans ce livre… mais si tu le souhaites… #onenparle ! 😉

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CEO Eforbrands Consultant / Speaker / Formateur / Auteur du Marketing Emotionnel Fondateur du Club du Marketing Emotionnel - Intervenant pour l'ESSAC, le MSc MBA Inseec Paris et Sup Career en relation client, inbound marketing et stratégies de fidélisation. Auteur des livres : Tout savoir sur Le Marketing Emotionnel aux Editions Kawa - nov 2013 La Fidélité, du chaos à la zone de confort aux Editions Kawa - Janv 2017 Fondateur de LePartenariat et Eforbrands Rédacteur du blog du partenariat et du blog marketingemotionnel.com

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