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Ma commande #Carrefour via #Google : comment en est-on arrivé là ?

Bonne question non ? Quand j’ai découvert les propos de Amélie Oudéa-Castéra, directrice E-commerce, Data et Transformation Digitale du groupe Carrefour à l’occasion d’une conférence de presse virtuelle organisée ce mardi 16 septembre, j’ai cru au miracle. L’espace d’une seconde je me suis imaginé dictant mes courses à mon assistant (quel joli nom) Google, laquelle (lequel si c’était une voix masculine) s’empresserait de filer arpenter les rayons, pousser le caddie et patienter à la caisse, avec ou sans son masque (après tout c’est son problème) tandis que je resterai tranquille dans mon fauteuil de jardin. à contempler les mésanges qui y jouent comme des enfants sortant de l’école…

Le bonheur est dans la technologie, me suis-je dit !

Hélas, l’idée n’est pas neuve. En 2018 déjà, l’enseigne française de grande distribution nous gratifiait d’une annonce similaire, vantant les mérites de son partenariat technologique avec le monstre américain. « Ne vous inquiétez pas, Google aime beaucoup la gastronomie à la française« , disait-on pour nous rassurer devant l’effroyable appétit du géant californien. Oups ! Un fiasco tant il est évident que la capacité à traiter mes instructions par la voix, était à l’époque une illusion à la Gérard Majax (mais non il n’est pas mort, il a juste été ruiné et pauvre homme, a été obligé de vendre ses accessoires de magie). Mais promis, juré, cette fois c’est la bonne et ça va marcher ! « En s’appuyant sur l’intégration technologique entre Google et Carrefour et sur les avancées de la reconnaissance vocale et de l’intelligence artificielle, ce nouveau service, qui continuera d’évoluer, simplifie et personnalise l’expérience d’achat pour l’e-commerce alimentaire« , nous explique-t-on de concert. Formidable !

Allons un peu plus loin et découvrons que la magie repose toujours sur la même illusion que ce qui plait et correspond à un échantillon de 50 000 consommateurs, devrait bien être la bonne réponse pour moi aussi. Aurai-je donc bientôt les goûts et les préférences de monsieur ou madame toutlemonde ? Lorsque je dirai « Ok Google, je veux des yaourts au chocolat », quelle est la référence qui sera ajoutée à mon panier ? Devrai-je ajouter Bio, s’il te plait Google ? ou encore quand je dis chocolat, préciser que je pense chocolat noir (si tu ne t’en es pas encore rendu compte, cher.e lectrice.teur, il n’existe qu’une sorte de chocolat : le chocolat noir, le reste est réservé aux marmottes, aux gens qui pensent que boire du lait fait grandir les enfants, et à quelques nostalgiques du dauphin qui parle…) ? Pas simple cette affaire !

Et tout à coup surgit comme un trait de génie (d’habitude réservé à Gifi) : « Pour que l’expérience fonctionne et permette à l’utilisateur de se voir proposer des produits pertinents, il doit associer son compte Google et son compte Carrefour », nous précise Amélie avec un sourire à faire rougir les nains de jardin. Mince alors ! Tu veux nous expliquer Amélie que les produits proposés seront pertinents si mes données personnelles sont finement analysées et si leur observation permet ainsi au distributeur de comprendre, ou plutôt de savoir à l’avance, ce que j’achète ?! OMG ! Me voilà ainsi condamné par l’algorithme impitoyable à manger toujours le même yaourt, le même jambon ou le même comté 18 mois !

l’alliance entre le pourvoyeur de notre alimentation et le fossoyeur de notre intimité, crispe mes papilles comme à l’idée d’avaler un morceau de pangolin !

Est-ce l’avenir de ma consommation et de mes expériences gastronomiques ? Vais-je dans un restaurant pour manger toujours le même plat ? Alors pourquoi devrait-il en aller autrement chez moi ? Pendant cette période de confinement, je crois que les français ont fait preuve de leur incroyable talent à composer des menus chaque jour différents avec les moyens du bord et parfois des ingrédients ou des produits totalement inconnus. Je trouve incroyable cette idée de réduire notre univers à ce que nous faisions avant, à notre passé. Pas toi ?

Et ce n’est pas fini. Au moment même où nous redoutons tous que nos données ne servent qu’à nous enfermer dans un monde terrorisé par autrui, l’alliance entre le pourvoyeur de notre alimentation et le fossoyeur de notre intimité, crispe mes papilles comme à l’idée d’avaler un morceau de pangolin ! Google France, nous affirme que « ces données ne seront pas utilisées à des fins publicitaires, ni pour d’autres de nos services« . Ouf ! et Carrefour de surenchérir d’un magistral : « Le client accepte de partager ses données d’achat« . Ah bon !? Alors tout va bien ! Cela signifie en clair que Google aura accès à tout l’historique d’achat des clients Carrefour. Il ne lui manquait plus que ça…

Alors comment en est-on arrivé là ? Et pourquoi ? N’est-ce pas une totale incompréhension de ce monde qui change ? Comme avant ?!

Allez, je vous laisse faire vos courses où vous voulez. Perso, je vais arroser mes salades en espérant qu’elles ne soient pas repérées par Google Earth et qu’un fournisseur aux abois de Carrefour ne viennent pas me les barboter pendant la nuit…

PS : je te remercie cher.e lectrice.teur de garder pour toi, cette confession sur ma production personnelle de légumes… Quant à ma préférence pour le chocolat noir, à moins que tu n’aies l’intention de m’en envoyer en guise de cadeau de remerciement pour l’impertinence de mes écrits, je ne vois pas à quoi cela pourrait bien te servir !…

PS2 : je n’ai pas testé encore cette nouvelle performance de mon assistant Google. Je doute qu’il me comprenne. Je ne doute pas qu’il m’écoute… en vain !

Cette entrée a été publiée dans : expérience client

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CEO Eforbrands Consultant / Speaker / Formateur / Auteur du Marketing Emotionnel Fondateur du Club du Marketing Emotionnel - Intervenant pour l'ESSAC, le MSc MBA Inseec Paris et Sup Career en relation client, inbound marketing et stratégies de fidélisation. Auteur des livres : Tout savoir sur Le Marketing Emotionnel aux Editions Kawa - nov 2013 La Fidélité, du chaos à la zone de confort aux Editions Kawa - Janv 2017 Fondateur de LePartenariat et Eforbrands Rédacteur du blog du partenariat et du blog marketingemotionnel.com

2 commentaires

  1. TOUVREY Catherine dit

    Bonjour Patrice,

    Un grand merci pour votre article.

    Je me demandais ce qui clochait en ne trouvant pas l’annonce d’Amelie à mon goût. Allant même jusqu’à me demander si j’étais « périmée », en tout cas pas dans la cible.
    Mais vous avez bien décrit ce que je ressens !

    Bien cordialement

    Catherine

    [cid:image001.jpg@01D35FC5.0989FAF0]

    Catherine Touvrey
    Directrice générale Harmonie Mutuelle
    Directrice assurance et protection financière groupe VYV

    143, rue Blomet – 75015 Paris

    [cid:image005.gif@01D35FC5.0989FAF0][cid:image006.gif@01D35FC5.0989FAF0][cid:image007.gif@01D35FC5.0989FAF0][cid:image008.gif@01D35FC5.0989FAF0][cid:image009.gif@01D35FC5.0989FAF0]www.harmonie-mutuelle.fr/www.groupe-vyv.fr
    [bandeau-rse]

  2. Bonjour Catherine,

    merci à vous pour ce retour positif ! non nous ne sommes pas périmés ! 🙂
    en revanche, nos ressentis d’humain sont assez éloignés de ce genre de « progrès technologique » qui réduisent nos libertés de choix et notre curiosité naturelle…

    très belle soirée à vous !

    Patrice

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