Au marketing, on produit des contenus. Beaucoup de contenus. Trop de contenus. Tu le sais et pourtant, tu ne résistes pas, puisque tes amis Claude ou Gemini sont là pour t’aider. Ils vont plus vite. Tellement plus vite que ta plume mal dégrossie, que tu t’es résigné : c’était ça ou mourir !
Un beau titre pour un livre non ?
Et hop, on jette en pâture un écrivain, tout beau tout neuf, en provenance du Canada, et que certains voyaient déjà auréolé d’un prix littéraire. Une preuve de plus que la dénonciation publique tourne le plus souvent à la destruction de l’humain, sans aucune retenue, sans aucun sens éthique (oui je pense à toi Olivier). Un logiciel de détection « d’écriture à l’IA » aurait rendu un verdict sans appel : ce monsieur a écrit son bouquin avec une intelligence artificielle. Amélie n’en revient pas !
Alors pourquoi pas toi ? Tu as certainement un sujet de bouquin à nous proposer ! Sur quoi ? Le marketing à l’ère de l’IA ? Bof… Le marketing m’a tuer ? re bof… Les marketers de demain sont-ils les éboueurs d’hier ? hum… polémique sans intérêt non ?…
Bon, creuse un peu s’il te plaît ! Ou alors demande à Claude !
Tiens si tu creuses, tu pourrais t’inspirer de Tom Cruise et te lancer dans une quête de profondeur dans tes écrits. Par exemple, ça te donnerait l’idée d’écrire un manuel pour les nuls de l’écriture : comment j’ai donné de la profondeur à mes post Linkedin pour gagner en visibilité ?… vraiment ? Et tu peux ajouté une méthode à 50 € pour devenir une micro-célébrité. Pourquoi micro ?
Je me demande ou commence le renoncement à l’écriture à la main. Je sais déjà que tout ce qui me reste, c’est l’inspiration de l’instant, les mots qui déboulent les uns derrière les autres, sans aucun respect pour les statistiques ou les algorithmes censés les analyser. Ils viennent s’entasser là dans ce texte, tentant de te convaincre qu’ils suivent une idée, un fil conducteur qui te mènera tout à l’heure à la chute de l’histoire. Mais l’IA fait cela très bien tu sais ? Créer un début, un développement et une fin. C’est structurer. C’est organiser ta pensée et permettre au lecteur de s’y retrouver, à la fin. Crois-tu que tu échapperas au modèle en suivant ce fil ?
Creuse encore !
Lorsque je fais appel à la machine, je m’efforce de lui expliquer dans quel contexte on se trouve, elle et moi, de lui donner des éléments, des guides, des intentions qui dirigent sa recherche de mots cohérents, de phrases dont la tonalité me correspond, de petites touches dissonantes créant l’illusion d’un style particulier. Elle, docilement, agréablement, obéit et me donne à lire un texte que je qualifie sans hésiter de plaisant à lire. A lire par qui exactement ?
A part moi, est-ce que quelqu’un creuse dans cette direction ?
Je n’écris pas pour moi. Ni pour toi, d’ailleurs. Enfin si, mais sans aucune anticipation de tes réactions, de ton ressenti. J’écris ce que j’imagine être un sujet de réflexion que nous pourrions partager assis sur banc devant chez Cyril. Rien de plus. Mais rien de moins non plus.
Et si le marketing c’était justement cette générosité aveugle au service d’un ou d’une inconnu.e ?
Et si l’échec du marketing provenait de cette illusion dangereuse de prétendre savoir ce qui intéresse quelqu’un que nous ne connaissons pas (voire pas du tout) ? Tu crées des personae, tu construis péniblement des cibles, puis tu imagines les questions qu’ils et elles se posent, les déclencheurs de leur intérêt pour ta « solution » ou ton « best product ever », et à la fin, bim bam boum, rien !
Ton algorithme écervelé a échoué : ton article n’est pas lu, pas aimé, pas transféré, pas générateur de lead, ni même d’autres commentaires que bof… #etriendautre
Alors pourquoi continuer ? Pourquoi crois-tu que l’IA va faire mieux que toi dans cette logique du bon message à la bonne personne ?
Et si le marketing c’était la création de rencontres totalement improbables ? Improbables au sens probabiliste : avec une probabilité trop faible pour être considéré par ton modèle de décision. Martine assise là, sur le banc, pourrait parfaitement te lire, te trouver passionnant et te proposer une intervention pour son Comex, alors même qu’elle n’existe pas dans ta base de données. Tu ne l’imaginais pas lectrice non plus. Enfin certainement pas de tes actrices sur le marketing émotionnel. Et alors ?
Ecrire avec l’IA ne te permettra jamais ce voyage. Jamais. Parce que les personnages dans cet article sont des vrais gens, surgis de nulle part au milieu d’une réflexion qui restera la mienne le temps de tapoter sur mon clavier et de remplir cette page. La plupart du temps, c’est ce plaisir d’écrire sans y penser qui me motive, qui m’incite à poursuivre mon métier de marketer. Je le fais parce que j’aime voir les mots fuser sans objectif lune.
C’est ainsi que je conçois mon métier. Que je parle de marketing à celles et ceux qui m’y invitent lorsque le dégout de dégouline pas de leur bouche. Je crois que l’on peut écrire sans IA et qu’aucun prompt n’aurait généré ce texte.
C’est la beauté de l’humain. Son caractère non modélisable.
Et toi ? Qu’en penses-tu ?

