Il aura fallu attendre 10 ans pour que je me décide à racheter une montre. Le temps est passé tellement vite, à regarder mon iPhone, que je ne m’en suis rendu compte qu’en constatant ma maladresse à l’accrocher à mon poignet. Pourquoi tant de distance temporelle entre cet objet symbole de nos quotidiens et ma naturelle envie d’être ailleurs ?
L’espace et le temps sont deux dimensions essentielles dans la zone de confort, sujet de réflexion autour de la fidélité des clients que j’ai publié dans un ouvrage peu connu. Pour te donner un élément de contexte, comme dirait mon prompt favori, nous cherchons sans relâche à entrer dans une zone de confort, simplement pour apaiser nos angoisses, ou parfois par paresse. Se sentir bien, c’est à la fois être bien dans son environnement et bien dans le temps, au sens du manque de contraintes rythmées par un tic tac outrancier.
En entrant dans cette boutique de grande taille, un véritable havre de paix, dans un mall tout aussi gigantesque, je me suis donné du temps. Evidemment si tu pénètres dans un grand espace, il te faut davantage de temps pour en parcourir et en découvrir les recoins, mais aussi son ambiance, sa douceur ou son design, sa lumière, sa sonorité. Et tu les trouves où ces grands espaces, me demanderais Clément, si toutefois le débat venait jusque sur la table d’une déjeuner parisien ?
Autrefois, il y a fort fort longtemps, je rêvais d’être un cowboy, justement par amour des grands espaces. Ces espaces qui rendent les rencontres plus rares, et où les gens sont instinctivement plus ouvert à la découverte de l’autre, lorsqu’il ou elle se présente à eux, après quelques jours passés le cul sur une selle. Aujourd’hui, tout semble ramassé, surpeuplé, comme encombré de gens et d’objets nous bouchant la vue, nous hurlant dans les oreilles, nous polluant les narines, nous bousculant au coin de la rue. Dehors mais aussi dedans. Inside, comme disent les gens d’outre-manche, c’est pire. L’espace est occupé par des tonnes de produits invendus ou à vendre, qui nous assaillent. Quand ce ne sont pas les étalages, les rayons de supermarché, ou les vitrines, ce sont les musées, les salles de conférences, les salons commerciaux qui sont bondés.
De l’air !
Alors en Asie, dont les populations sont tellement plus denses que chez nous, lorsqu’on veut inviter quelque passant à découvrir une marque, son univers, ses histoires, ses imaginaires, on fait les choses en grand. Certes, cette passion pour les marques est récente. Bien entendu, on le fait plus volontiers pour des marques luxueuses que pour des babioles d’ailleurs vendues sur le marché, autre lieu de promiscuité difficile à vivre.
Donner de l’air au client et donner de l’air au produit. Organiser une circulation entre l’un et les autres, sans heurt, sans brutalité, sans impatience. Il aura le temps. Il prendra le temps. Aller là ou encore l’emmener là-bas, est un voyage dans l’espace. Il ne comptera pas les minutes et encore moins les secondes. Les aiguilles se meuvent sans qu’aucun grain de sable ne grippe le mécanisme. Et tout semble fluide.
Acheter une montre, cela devrait être cela. Un instant de calme, un arrêt sur image, une pause dans le vacarme de la vie.
Je ne te parle pas ici des collaborations de la marque Swatch mais d’un art de recevoir ou d’imaginer le client qui crée une différence de perception de l’offre, qui rend sensible aux histoires que l’on pourrait se raconter.
Sereinement.
La marque présente d’ailleurs sa propre vision de cette zone de confort, en créant ici une collection de montres dédiées à la ville qui l’héberge.
Ainsi, j’aurais pu repartir avec une montre Bangkok, colorée, vivante, vibrante, comme l’est cette ville en mutation accélérée.
Une stratégie de personnalisation d’un objet temporel par l’espace qu’il représente. Un symbole vivant de ce voyage qui nous ramène tôt ou tard vers les endroits que nous aimons encore. A toute heure, comme au lever du jour…
#etriendautre



